FOIRE AUX QUESTIONS

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1- Faut-il vraiment utiliser le logo officiel pour ne pas recevoir de circulaires?

D'après le Règlement sur la distribution d'articles publicitaires de la Ville de Montréal, adopté en 1996, il faut effectivement recourir au logo représentant une circulaire noire barrée dans un cercle rouge ― disponible ici, de même que dans les bureaux Accès Montréal

      Certes, il est un peu absurde de placer la responsabilité du refus sur le dos de chaque citoyen(ne), et la Loi canadienne anti-pourriel, adoptée en 2017, a depuis ce temps interdit l'envoi massif d'annonces publicitaires non sollicitées… dans les boîtes à lettres en ligne. Si vous désirez que votre municipalité adopte un règlement similaire pour les sacs et les circulaires bien réelles (qui sont autrement plus dommageables pour l'environnement), pourquoi ne prendriez-vous pas deux minutes pour lire l'amendement que nous proposons à la Ville de Montréal d'adopter, et pour vous exprimer à ce sujet?

2- Pourtant, certaines personnes écrivent PAS DE PUB sur leur boîte à lettres, et ça marche. Alors?

Il est bien sûr possible que le camelot chargé de distribuer les circulaires choisisse de respecter votre écriteau-maison... à condition, bien sûr, qu'il s'approche suffisamment pour le lire, au lieu de se contenter de repérer les symboles familiers à distance. Mais même si un substitut fonctionne parfois, ce n'est pas toujours le cas, comme le démontrent les exemples ci-dessous.

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Si vous optez pour votre propre affichette, cela risque donc de se produire un jour pour vous aussi. Oh, nous avons vu qu'un recours au logo traditionnel ne vous protège pas à 100% non plus, mais si vous tentez alors de déposer une plainte, la première question qui vous sera posée est : « Utilisez-vous l'autocollant de refus officiel? »  Par conséquent, ne devrait-on pas faire preuve de prévoyance et utiliser dès maintenant l'image la plus connue ― peu importe la langue ou le niveau d'alphabétisme du camelot?

3- Justement, les camelots ne sont-ils pas des défavorisés que la lutte anti-sac victimise?

C'est effectivement triste si Transcontinental ne rémunère pas mieux ses camelots, mais il faut adresser ce reproche à l'entreprise, et non aux gens qui critiquent sa façon de procéder. Recruter des personnes défavorisées ne donne pas automatiquement le droit à qui que ce soit de leur faire faire n'importe quoi.
    Soyons clair : la critique des circulaires (et du gaspillage qu'elles représentent) ne vise pas les camelots, mais l'entreprise de distribution. Si cette dernière ne se donne pas la peine de former sa main-d'œuvre d'une façon adéquate, c'est elle qui est responsable des infractions commises dans le cadre de ce travail. Lorsqu'on découvre qu'une chaîne de restauration rapide sert de la nourriture contaminée, faut-il s'abstenir d'émettre la moindre critique de peur de nuire aux emplois précaires du personnel, si sous-payé soit-il?
    Notons par ailleurs que la tranche des revenus d'une personne n'est pas le seul critère qui permet d'évaluer la qualité de son existence. Même une personne gagnait plus d'argent en l'absence de toute réforme environnementale, à quoi cela lui servirait-il si cela vouait du même coup l'humanité toute entière à sa perte (camelots inclus)? En d'autres termes, la lutte pour l'amélioration de leur espérance de vie sur Terre ne constitue-t-elle pas un façon d'améliorer leur sort qui soit aussi valable ― sinon plus ― que la préservation à tout prix d'un emploi misérable, surtout quand il n'est même pas prouvé :

     - que notre geste écologique met vraiment leur emploi en péril;

     - qu'il leur sera impossible de trouver un meilleur emploi ailleurs?

     Tout cela nous amène à souligner une contradiction de base: comment l'entreprise Transcontinental peut-elle à la fois prétendre qu'une forte majorité de la population est en faveur de son produit ET que les emplois de son personnel seraient menacés si jamais on limitait la distribution des sacs aux seules personnes que les sacs intéressent?

4- Je jette directement mon sac à pub au recyclage. Si un annonceur paie pour ça, libre à lui, non?

Le papier et le plastique ne sont recyclables que si vous les séparez avant de les mettre dans votre bac vert, ce que peu de gens se donnent la peine de faire dans le cas des sacs à pub. Cela complique la tâche des centres de tri, qui sont déjà débordés. Tant de plastique reste ultimement mélangé aux masses de papier destinées à des recycleurs étrangers que ceux-ci refusent désormais les ballots en provenance du Québec.

     Mais surtout, jeter un sac au recyclage ne change rien à l'abattage des arbres et au gaspillage de ressources naturelles qu'entraîne en premier lieu la distribution massive de 3,5 millions de sacs à toute la population québécoise (qui, dans la plupart des cas, n'a rien sollicité de tel en premier lieu).

      Il faut cesser de blâmer les victimes et le problème doit plutôt être enrayé à la source. Si quelqu'un déversait divers déchets sur votre terrain sans que vous l'ayez demandé, puis affirmait qu'il vous suffit de les trier pour rendre la chose acceptable, trouveriez-vous qu'un tel argument est valide?

5- Je ne lis pas les annonces, mais j'aime le journal de quartier inclus dans les sacs. Que faire?

Si vous ne voulez pas vous procurer votre journal de quartier à l'entrée d'une bibliothèque publique ou d'un centre communautaire, notez que la plupart des hebdomadaires sont disponibles en ligne (voyez par exemple cette liste de liens). Vu que leur lecture ne prend qu'une vingtaine de minutes par semaine et que vous n'éprouvez aucune difficulté à lire le présent texte à l'écran en ce moment même, pourquoi ne pas en faire autant avec les nouvelles locales que vous tenez à suivre?

     Il est certain que le côté tactile d'un journal en papier aura toujours un plus grand attrait pour certaines personnes. Mais bien que cet argument soit souvent invoqué par le distributeur de circulaires, cela justifie-t-il que l'on maintienne en place un système de distribution aussi délétère? Tant qu'à y être, aurait-on dû maintenir la distribution d'annuaires téléphoniques à chaque résidence de la Ville, juste parce que quelques personnes refusaient de se convertir à son équivalent numérique sur Internet?

     Notons aussi que, par le passé, l'entreprise Transcontinental était à la fois propriétaire des sacs à pub et de nombreux journaux de quartier, mais elle a elle-même démontré ce qu'elle pensait réellement de ces derniers en s'en départissant et en procédant à des dizaines de mises à pied ― elle est donc mal placée pour tenter de nous faire croire qu'elle appuie la pérennité de la presse régionale. On pourrait même argumenter que si les sacs n'existaient pas, les commerces achèteraient plus d'espace publicitaire dans les journaux locaux!

     Au final, cependant, toute cette question reste purement théorique, car répétons-le, nous ne prônons pas l'interdiction des Publisacs, mais plutôt la conversion de leur système de distribution en abonnements. Par conséquent, les gens qui tiennent à leur journal local continueraient à le recevoir (enrobé de circulaires), contrairement aux personnes qui ne le lisaient déjà pas. En quoi cela affecterait-il le lectorat de la presse régionale?

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6- Si les gens sont majoritairement en faveur des sacs à pub, ne doit-on pas respecter leur souhait?

Le distributeur de circulaires Transcontinental se plaît à citer un sondage CROP qu'il a commandé en 2018, selon lequel 87 % des répondants québécois « consultent le Publisac ». Mais cela veut-il vraiment dire qu'aucun ajustement ne doit être fait pour accommoder les 13 % qui restent? Ce serait comme si l'on prétendait que, vu la prépondérance des droitiers (88 % de la population), rien ne devait jamais être fait pour les gauchers!
   Quelques considérations en vrac :

     • Si l'entreprise rejoint vraiment « 6 millions de consommateurs », cela prouve qu'elle pourrait aisément faire comme tout périodique et se bâtir une liste d'abonnés (qui arboreraient le logo ci-contre sur leurs boîtes à lettres).

     • En attendant, ça ne l'autorise pas à dire aux autres Québécois que c'est à eux de réduire le gaspillage en recourant à des logos anti-pub.

     • Le chiffre varie avec le temps et la question posée  ― ainsi, seulement 54 % du public prenait « plaisir à lire le Publisac » en 2014. Parions que le taux est bien plus bas en milieu urbain, vu que les déchets s'y retrouvent concentrés sur une petite surface. Or, la réforme que nous proposons vise seulement Montréal. On ne peut donc appliquer une statistique provinciale à ce terrain précis. Et même si les Montréalais acceptaient 87 % des 500 tonnes de sacs distribués par semaine, ça ferait 65 tonnes gaspillées. C'est déjà trop!

     • Notons que, pour arriver à son « 87 % », Publisac a fait sonder 1350 personnes au cours de l'été 2018. Or, le 5 novembre 2018, un sondage-maison de Radio-Canada en a rejoint 1682, dont à peine 16 % tiennent aux sacs de circulaires! (Il ne nous appartient pas d'affirmer quel nombre est le bon, mais cela démontre que les sondages ne constituent pas une science exacte. Il importe donc de s'informer sur le mode d'exécution de chaque sondage au lieu de reprendre sans réfléchir un nombre maintes fois répété par une entreprise ayant des intérêts manifestes à défendre dans cette affaire.)

     En fait, une seule question compte au final : quelle que soit la cote d'amour d'un produit, cela permet-il à son fabricant d'ignorer toutes les plaintes et de défier les règlements municipaux?

7- Ne peut-on pas appeler l'entreprise pour se plaindre?

Il est effectivement tentant de rejoindre le service de réclamations de Transcontinental pour exiger qu'un autocollant de refus soit respecté. Nous l'avons nous-même fait à quatre reprises. Qui plus est, quand nous avons demandé à la Ville de faire respecter ses propres règlements, les autorités ont plutôt choisi d'envoyer quatre avertissements successifs à différents paliers de l'entreprise (voir la lettre du maire d'arrondissement François Croteau, ainsi que notre extrait de la période de questions du 2 octobre 2018, retranscrit ici avec les « Plaintes remises à la Ville »). 

     Néanmoins, AUCUNE de ces réclamations n'a eu le moindre effet sur le nombre d'infractions que nous avons relevées par la suite dans notre quartier — et quant aux plaintes concernant un problème survenu à une adresse précise, elles n'ont été que temporairement entendues, les livraisons non désirées ayant ensuite repris de plus belle. N'est-il pas temps d'admettre que de tels recours ne changent absolument rien à moyen ou à long terme? 

8- C'est probablement beaucoup plus rentable […] de travailler de concert avec Transcontinental.

Ah, bonjour monsieur Croteau, nous parlions justement de vous. Compte tenu de l'insuccès de toute plainte adressée à l'entreprise (voir la réponse précédente), nous nous étonnons de cette déclaration, que vous avez faite le 2 octobre 2018 quand vous présidiez votre conseil d'arrondissement. Comme ladite affirmation soulève bien d'autres questions, permettez-nous de vous relancer ici, puisque vous n'avez pas répondu à notre lettre du  22 octobre 2018 (voir les « Plaintes remises à la Ville ») :

  • En quoi les avertissements adressés à l'entreprise vous ont-ils plus rapporté « financièrement » que 10 millions de dollars récoltables grâce aux amendes — soit 1/6 de votre budget?
  • Pourquoi avez-vous vous-même rappelé les amendes en question à Transcontinental dans votre lettre du 10 mai si vous trouvez que le processus est trop « complexe » pour qu'on y recoure?
  • Pourquoi laissez-vous entendre qu'on peut seulement décerner une amende au distributeur si on en fait autant pour chacun de ses méfaits, contrairement à tout autre type d'infraction urbaine?
  • En fait, ne croyez-vous pas qu'une dizaine d'amendes (20 000 $) suffiraient sans doute pour que l'entreprise comprenne le message et mette fin à ses pratiques fautives? 
  • Est-ce à dire que toutes les amendes décernées par la Ville ne devraient pas être perçues non plus, puisqu'il est aussi complexe d'appliquer le processus dans d'autres circonstances?
  • Pourquoi accorde-t-on tant de latitude à une entreprise récidiviste alors que le reste de la population n'a pas droit à une telle clémence lors d'infractions que la Ville juge bien moins graves?
  • Et surtout, maintenant que vous avez publiquement pris position contre vos propres règlements, en quoi cela va-t-il inciter une délinquante chronique à « travailler de concert » avec vous?

9- Qu'un inspecteur […] prenne le temps que vous prenez, franchement, c'est vraiment considérable.

Encore une citation tirée de votre allocution d'octobre au conseil d'arrondissement, monsieur Croteau? Eh bien, désolé de vous contredire, mais comme la distribution couvre 30 pâtés de maison en deux heures, il n'en faudrait pas plus pour que votre inspecteur prenne les coupables en flagrant délit, d'autant plus que les heures et les trajets empruntés sont toujours les mêmes. Et comme nous l'avons suggéré plus haut, cela prendrait encore moins de temps si on ne notait qu'une infraction sur 20.
    Profitons de l'occasion pour démentir que la lutte contre la pollution due aux circulaires relève d'une simple « obsession », comme vous l'affirmez avec dérision dans votre courriel du 18 octobre (voir le document « Plaintes »). Lors de l'entrevue que vous avez accordée au Téléjournal, vous avez vous-même reconnu que la question des circulaires « est une plainte qu'on aurait dû prendre beaucoup plus au sérieux ». Rappelons aussi que les solutions proposées sur le présent site ont reçu l'aval  de nos plus grands organismes écologiques, soit Équiterre, Greenpeace, la Fondation Suzuki, Nature Québec, le Sierra Club, les Ami-es de la Terre, le Conseil des Canadiens, la Coalition Climat, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, l'Association québécoise pour la promotion de l'éducation relative à l'environnement, Réalité climatique Canada, Environnement Jeunesse et le mouvement autochtone RAVEN. Peut-on balayer tout cela du revers de la main, comme si notre avenir ne dépendait pas des mesures qui seront prises au cours des prochains mois?

10- Lutter contre les circulaires? N'auriez-vous pas un peu trop de temps libre sur les bras?

Quelle que soit l'activité d'une personne donnée, on trouvera toujours (comme c'est le cas ici) des gens prêts à la dénigrer sur Internet. Selon ces derniers, on ne peut apparemment pas consacrer la moindre minute à un sujet auquel ils n'ont eux-mêmes pas envie de réfléchir. Tout le monde a droit à son opinion quant aux problèmes qui  « méritent » ou non d'être corrigés, mais si vous considérez que les loisirs sont trop précieux pour être consacrés à telle ou telle cause, peut-être devriez-vous vous demander si le meilleur usage que vous pouvez faire de votre temps libre, c'est vous moquer des choix d'autrui?